Rêveries de coup d’Etat au Gabon

 Rêveries de coup d’Etat au Gabon

Bruno Ben Moubamba et le souci d’exister

Après avoir été jusqu’à occuper le poste de vice-Premier ministre et malgré toutes ses gesticulations hors du Gabon, il a fallu que le naturalisé russe, Imhotep Vladmir Bruno Ben Moubamba, se réveille, il y a quelques jours, en se disant avoir identifié des comploteurs en passe de fomenter un coup d’État constitutionnel contre le président Ali Bongo Ondimba, qu’il dit d’ailleurs très malade, sans savoir d’où il tient ces infos.

Le comble de la rêverie, qui vire à des élucubrations d’un loufoque, c’est lorsque Ben Moubamba attribue le fameux coup d’Etat en préparation à ceux-là même « qui avaient assassiné Joseph Rendjembé ».

Pour la petite histoire, Joseph Rendjambé, opposant gabonais, à l’issue de la conférence nationale de 1990, avait été assassiné par injection d’un poison, lors d’un rendez-vous avec une dame dénommée Manon, à l’hôtel Dowé, en face de la cathédrale Sainte Marie, hôtel détruit depuis.

Les éléments de l’enquête diligentée alors indiquaient que défunt portait bien sur son corps une ponction prouvant qu’il avait bien été piqué. Il restait à déterminer, lors de l’autopsie, s’il avait reçu par injection un poison et de quel type.

Dans l’affaire, le palais du bord de mer était pointé du doigt. L’on ne manquait pas de rappeler, à l’époque que Rendjambé, fier de ses compétences universitaires, payait là d’avoir tenu des propos déplacés, pour ne pas dire injurieux, vis-à-vis d’Ali Bongo. De là à penser que le fils d’Omar Bongo aurait fomenté le coup, le pas était vite franchi par certains observateurs qui, au-delà de ces présomptions, ne disposaient pas de preuves directes pour étayer leur thèse.

Depuis lors, l’opinion gabonaise a laissé cette affaire comme cela, non sans être passé, fin mai-début juin 1990, par une grave insurrection qui avait mis Libreville et Port-Gentil à feu et à sang, à la suite de la mort de Joseph Rendjambé. Il faut noter qu’à l’époque, de nombreux biens appartenant à la famille présidentielle furent détruits, dont le bowlingstore, à côté de Mbolo, les galeries de Patience Dabany, derrière le gymnase du stade omnisports de Libreville.

A Port-Gentil, bastion des communautés omiéné auxquelles appartenait Joseph Rendjambé, l’armée française dut procéder à l’évacuation des ressortissants européens. A plan local, les communautés altogovéennes installées depuis des décennies dans l’Ogooué-Maritime durent, elles aussi, être évacuées par voie maritime par l’armée gabonaise.

Ce sont ces blessures de l’histoire récente que Ben Moubamba tente plutôt de rouvrir. Le supposé politicien a fréquenté les milieux de pouvoir au Gabon, après s’être illustré, en 2009, par une grève de la faim qui s’était terminée de façon ridicule. Il sait que le Sénat gabonais et l’Assemblée nationale sont au pas du régime Ali Bongo, que la moindre manifestation d’un désaccord se termine en représailles et que certains députés en ont payé le prix fort, au niveau le plus élevé. Il sait aussi que, dans le milieu, ont ne se fait pas du tout confiance et que tout le monde doit se montrer politiquement correcte.

Où voit-il alors un coup d’Etat « constitutionnel » qui impliquerait des députés, des sénateurs et des hauts officiers des forces de défenses et de sécurité ? Ceci, alors même que la Constitution gabonaise vient d’être modifiée pour offrir des pouvoirs étendus et une immunité à vie à l’actuel président de la République.

Ce gars-là est-il vraiment sérieux ? A moins que sa récente sortie ait été pensée, pour semer le doute dans le camp présidentiel et se faire passer pour « l’enfant de la maison »?

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