Afghanistan : les espoirs de libertés des femmes réduits à néant

 Afghanistan : les espoirs de libertés des femmes réduits à néant
Les Taliban qui ont pris le pouvoir en Afghanistan ont commencé à rendre public les premières mesures qu’ils vont appliquer dans les prochains jours dans le pays. Des mesures qui se déclinent de la manière suivante, concernant surtout les droits fondamentaux des femmes.

Un accès conditionné à l’éducation

Pour pouvoir s’asseoir en classe, les femmes devront désormais porter une abaya, un voile couvrant tout le corps, et un niqab, ne laissant apparaître que leurs yeux. Des images largement relayées sur les réseaux sociaux montrent par ailleurs le nouvel agencement des salles de classe mixtes, désormais coupées en deux par un rideau, les femmes d’un côté et les hommes de l’autre. À la fin des cours, les étudiantes doivent attendre que les hommes aient quitté la pièce avant de sortir.

Du côté des enseignants, “les universités devront essayer d’employer des professeurs femmes pour les étudiantes”, ou “des enseignants âgés” dont la moralité aura été passée au crible, selon le décret relayé par CNN.

“Autant de dispositions faites pour les décourager de s’inscrire à l’université”, estime Jean-Charles Jauffret.

Interdites de sport

Mercredi 8 septembre, un responsable de la commission culturelle talibane, Ahmadullah Wasiq, a quant à lui annoncé que les femmes auront désormais interdiction de faire du sport. La raison invoquée : les tenues des sportives exposeraient trop leur corps.

“Elles pourraient être confrontées à une situation où leur visage et leur corps ne seraient pas couverts. L’islam ne permet pas aux femmes d’être vues comme ça. C’est l’ère des médias, et il y aura des photos et des vidéos, puis les gens les regarderont”, a ainsi expliqué Ahmadullah Wasiq au média australien SBS News. “En sport, les femmes n’auront pas de code vestimentaire islamique. L’islam ne le permet pas”, a-t-il insisté.

Plusieurs autres questions restent par ailleurs en suspens. Parmi elles, le droit des femmes à sortir dans la rue sans être accompagnées par un homme ou encore la liberté de travailler. “Nous sommes dans le flou complet…”, déplore Mahbouba Seraj.

“Nous avons plein de témoignages qui nous arrivent et l’impression d’entendre tout et son contraire. Dans certaines régions, la police interdit à des femmes d’aller travailler, mais ce n’est pas le cas partout”, poursuit l’activiste. “En réalité, on a l’impression d’être dans un entre-deux et de ne pas savoir ce qu’il va réellement advenir de notre liberté.”

Mardi, en présentant le gouvernement, les Taliban ont aussi annoncé le retour du ministère pour la Promotion de la vertu et la Répression du vice.

Vers une répression de plus en plus sévère ?

Si certaines femmes ont ainsi décidé de prendre leur courage à deux mains pour défier les Taliban, Mahbouba Seraj, elle, a décidé de rester éloignée des cortèges. À 70 ans, cette activiste de la première heure refuse de prendre part aux manifestations. “Les jeunes femmes qui descendent dans les rues sont pleines de courage, mais aussi de naïveté…”, explique-t-elle. “Je ne suis pas du tout optimiste pour nos droits.

Mais là, j’ai surtout peur que ces manifestations n’amènent qu’à une répression plus dure et à des pertes humaines”, poursuit-elle, appelant les membres de la société civile “à se coordonner et réfléchir à un mouvement qui aura un vrai retentissement à l’international”.

En écho aux craintes de l’activiste, les dernières manifestations ont été dispersées par la force. Deux personnes ont été tuées à Hérat, dans l’ouest du pays, et plusieurs autres blessées. Une dizaine de personnes ont par ailleurs été arrêtées.

Mercredi soir, quelques heures seulement après la nomination de leur nouveau gouvernement, les Taliban ont donné un nouveau tour de vis pour éteindre la contestation : tout rassemblement doit désormais être autorisé en amont par le ministère de la Justice.

Jeudi 9 septembre, l’ensemble des manifestations prévues avaient été annulées et dans les rues de Kaboul, on dénombrait bien plus de combattants talibans armés que les jours précédents, selon des journalistes de l’AFP sur place.

Source : AFP

Articles similaires